Yannis Constantinidès Le nouveau culte du corps à paraître chez F Bourin

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culte du corps

 

 

 

 

 

 

Yannis Constantinidès

Le nouveau culte du corps

Actualité de Friedrich Nietzsche

( Bourin éditeur en janvier 2013)

Il est partout et constamment question du corps aujourd’hui. Loin du « bourbier barbare » de Platon et de la « machine » un poil rétive de Descartes, le corps apparaît à notre époque comme l’ultime expression du désir d’absolu ; c’est d’ailleurs en lui que l’on place désormais l’espoir d’immortalité. Il est même devenu, signe certain de consécration, un objet sérieux des sciences humaines et sociales : on l’élève au rang de personne, on en écrit l’« histoire », on voit en lui le lieu où viennent s’inscrire les normes dominantes, etc.

Tout cela semble donner raison à Nietzsche, qui stigmatisait la haine idéaliste du corps et aspirait à lui redonner ses lettres de noblesse. « Je suis corps et rien d’autre » : cette déclaration iconoclaste de Zarathoustra pourrait bien être devenue la sagesse commune, et banale, de notre temps. Mais Nietzsche est-il vraiment le précurseur de cette corporéité triomphante et omniprésente ? Parle-t-on du même corps ici et là ? Rien n’est moins sûr.
Le culte, médiatique notamment, qu’on lui rend de nos jours est pour le moins ambigu puisqu’on y retrouve une idéalisation jusque-là réservée à l’esprit. Il s’apparente ainsi plus à une idole qu’à une véritable divinité : on l’invoque certes sans arrêt, mais on le craint en réalité parce qu’on en reste séparé au lieu de l’aimer sincèrement et de ne plus faire qu’un avec lui. Nietzsche reste donc profondément inactuel à l’époque même qui est censée avoir donné corps à ses intuitions essentielles.