la poucette optimiste de Michel Serres

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Petite Poucette
Michel Serres
Le Pommier, 2012
84 pages 9,50 euros €
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La véritable autorité est celle qui grandit l’autre.
Le mot « auteur » dérive de cette autorité-là.
Et si mon livre est bon, il vous augmente.
Un bon auteur augmente son lecteur.
Michel Serres

D’une couverture et d’un clin d’oeil à Michel Ange.
Au plafond de la Sixtine, on suppose Dieu situé un peu plus haut qu’Adam.
Déjà, le doigt joue son rôle.

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Sur la couverture de Petite Poucette de Michel Serres, l’index divin est préservé. Mais la main de l’homme n’est-elle pas plus haute en image ?

Le ton est donné.
Kant nous a appris que l’homme est créateur de son propre monde. Michel Serres nous apprend non seulement que c’est fait mais que ce monde créé par l’homme déjà dépasse et déborde l’homme. Pour Michel Ange l’homme était le bout de Dieu. Aujourd’hui, Dieu est au bout du doigt de l’homme. Le monde est au bout du doigt. Le monde est au bout de deux petits pouces qui gigotent sur une tablette tactile, active et réactive, branchée en rhizomes sur le réseau des réseaux, grâce à la fée électricité et la sorcière silice polluante – à ce que certains soutiennent.

Plus que le mot-clé, moins que le fil rouge, la double hélice du court et intense essai de M. Serres, est conceptualisée par la sérendipité. Le mot vient d’un conte persan : Voyages et aventures des trois princes de Serendip…

suite du billet ici suite du billet

l’auteur :
Michel Serres, philosophe français né en 1930, membre de l’Académie Française. What else

Yannis Constantinidès Le nouveau culte du corps à paraître chez F Bourin

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culte du corps

 

 

 

 

 

 

Yannis Constantinidès

Le nouveau culte du corps

Actualité de Friedrich Nietzsche

( Bourin éditeur en janvier 2013)

Il est partout et constamment question du corps aujourd’hui. Loin du « bourbier barbare » de Platon et de la « machine » un poil rétive de Descartes, le corps apparaît à notre époque comme l’ultime expression du désir d’absolu ; c’est d’ailleurs en lui que l’on place désormais l’espoir d’immortalité. Il est même devenu, signe certain de consécration, un objet sérieux des sciences humaines et sociales : on l’élève au rang de personne, on en écrit l’« histoire », on voit en lui le lieu où viennent s’inscrire les normes dominantes, etc.

Tout cela semble donner raison à Nietzsche, qui stigmatisait la haine idéaliste du corps et aspirait à lui redonner ses lettres de noblesse. « Je suis corps et rien d’autre » : cette déclaration iconoclaste de Zarathoustra pourrait bien être devenue la sagesse commune, et banale, de notre temps. Mais Nietzsche est-il vraiment le précurseur de cette corporéité triomphante et omniprésente ? Parle-t-on du même corps ici et là ? Rien n’est moins sûr.
Le culte, médiatique notamment, qu’on lui rend de nos jours est pour le moins ambigu puisqu’on y retrouve une idéalisation jusque-là réservée à l’esprit. Il s’apparente ainsi plus à une idole qu’à une véritable divinité : on l’invoque certes sans arrêt, mais on le craint en réalité parce qu’on en reste séparé au lieu de l’aimer sincèrement et de ne plus faire qu’un avec lui. Nietzsche reste donc profondément inactuel à l’époque même qui est censée avoir donné corps à ses intuitions essentielles.