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King Crimson, Aymeric Leroy

 

King Crimson, 2012, 246 pages, 20 €

King Crimson, Aymeric Leroy

 

Et … L’autobiographie, Bill Bruford, traduction Aymeric Leroy, Le mot et le reste, 2012, 424 pages, 148 x 210, 26 €

 

Bill Bruford, King Crimson, Robert Fripp

 

Coup double pour Aymeric Leroy. La traduction magistrale de L’autobiographie de Bill Bruford et Une histoire de King Crimson et du singulier Bob Fripp. Les deux ouvrages se traversent, se croisent et renvoient sans cesse l’un à l’autre. Outre leur parution concomitante chez Le Mot et Le Reste qu’il convient de saluer et soutenir pour leur engagement, leur travail de titan et la qualité rare de la forme et du contenu de leur fonds, les deux pavés de Leroy ne peuvent tomber dans l’oreille d’un sourd. Aux côtés des tablettes numériques, ils resteront en bonne place dans les bibliothèques. Les toucher provoque le souvenir. S’y plonger éveille et rappelle les années de créations inouïes des « seventies ».

Zappa avait inventé la pédale wah-wah. Bill Bruford expérimentera les premières batteries électroniques, lui qui s’entraînait sans cesse sur un coussin qu’il martelait des baguettes, chaise et tabouret pour tout matériel. Son sens du rythme, sa recherche incessante de nouvelles combinaisons, lui valurent quelques gloires, une reconnaissance des initiés, et de multiples déboires. Un appareil qui ne fonctionne pas 5 minutes avant un grand concert. Des cachets qui ne lui permirent jamais de gagner un océan de tunes. Des expérimentations désastreuses et sublimes avec Robert Fripp et d’autres allumés de génie. Bruford mérite d’être mieux connu. Le praticien donne sa définition : « le rythme, c’est – me semble-t-il – l’espace qu’il y a entre deux coups. Voilà ce qui importe vraiment. Le rythme est un trou, un vide, un négatif, un endroit où se placer. C’est un rien – l’intervalle de silence entre deux événements musicaux ». Ouf. La formulation, simple et modeste, dit tout et comble le vide des perceptions communes. Boum boum ? Eh bien non. Et là les mots s’envolent. Le vocabulaire s’effondre. On ferme sa gueule de respect. La poésie et la musique prennent leur essor. Concrètement, la pop de l’époque flirtait avec la musique la plus savante d’un John Cage.

Rome. Printemps 68 : « Nous nous produisons (avec le groupe inchoatif Yes) en première partie d’un groupe psychédélique londonien qui a emprunté son nom à deux bluesmen de Louisiane, Pink Anderson et Floyd « Dipper Boy » Council. Pink Floyd. A mon avis, ces types disparaîtront sans laisser de traces »… Sic. « Notre musique à nous n’est guère meilleure ». Re sic.

Bill Bruford – taoïste ? – s’est immiscé dans tous les vides immenses que lui ont proposé Yes, Crimson, Earthworks, Genesis, re Crimson Fripp… et ses innombrables collaborations avec des grands du Jazz contemporain. Car Bruford IS A JAZZ MAN. Un JazzMan est un aventurier du rythme, un nomade de la rencontre, un Wanderer, promeneur vagabond, un expérimentateur insatiable. Jamais là où on le cherche. Toujours là quand on le croise.

Et Bill a croisé Bob. Bob le cherchant impénitent.

King Crimson ? KC se rapproche plus du Projet permanent et intermittent que du groupe type bande de potes. Ici les classifications s’enlisent et se brisent. Fripp n’est pas un chef d’orchestre et encore moins un leader. Fripp est un soustracteur et un multiplicateur. Il dit plus souvent non que oui. Il mélange les artistes qui, sans lui, n’auraient pas travaillé ensemble. Avec Ian McDonald, Greg Lake, Michael Giles, Mel Collins, John Wetton, Bill Bruford, Adrian Belew,Tony Levin, Brian Eno… Fripp cultive et King Crimson récolte l’improbable son. Quoi de commun entre les mélopées d’Epitaph et le ternaire déridant de Cat Food ?

Leroy l’exprime par un exemple : « Du point de vue de l’amateur de King Crimson, il se dégage à propos d’Exposure une certaine schizophrénie… ». Quand Fripp théorise King Crimson, il évoque pourtant « une petite unité mobile et intelligente ». Tout n’est-il pas dit dans ce peu de mots ? N’est-ce pas ce qui manque le plus : des petites unités mobiles et futées ? Autre question : David aurait-il fait du Bowie sans Fripp ?

Lire ces deux livres, un dans chaque main, c’est plus sûr, pour mieux s’embarquer à nouveau sur les vieux microsillons. Red. Discipline. Three of a perfect pair… place à la musique.

 

Didier Bazy 

( à Guy Darol )


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