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Deleuze, je, il… Bousquet : ma blessure existait avant moi – de l’événement

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« Tout n’aura été que rêve et songerie sauf l’amitié… »
à Ginette, Joë Bousquet

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la voix de Deleuze

Gilles Deleuze – dernier cours de Vincennes – Anti-oedipe et autres reflexions cours du 03/06/80 – 2

A savoir c’est un « je » qui vaut pour un « il ». C’est un « je » aligné sur le « il ». Pourquoi ? Ben, je peux très bien, par exemple, dire : je me promène et ne pas me promener. Ah je viens de dire…. Tiens, je peux dire « Je me promène » la preuve, je ne bouge pas, je ne me promène pas, je dis « Je me promène ». Je peux donc dire « Je me promène » sans me promener. Ça revient de dire, dans ce cas, le « je » à un rapport de désignation avec un état de chose qui lui est extérieur, qui, peut donc, être effectué ou pas effectué. Je dirais à ce moment-là c’est un emploi du mot « je », d’accord, le mot « je » est un mot spécial, un signe spécial mais il peut avoir un emploi commun.

Clown, poème de Henri Michaux

Sur le chemin...

En écoute sur France Culture, lu par Hervé Pierre.

Un jour.
Un jour, bientôt peut-être.
Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers.
Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien, je lâcherai ce qui paraissait m’être indissolublement proche.
Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.
D’un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînement « de fil en aiguille ».
Vidé de l’abcès d’être quelqu’un, je boirai à nouveau l’espace nourricier.
A coup de ridicules, de déchéances (qu’est-ce que la déchéance ?), par éclatement, par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j’expulserai de moi la forme qu’on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon entourage et à mes semblables, si dignes, si dignes, mes semblables.
Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une intense trouille.

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À quoi bon partager ? n°12 la sœur de l ange (éd. Hermann)

Cahier Raoul Ruiz

DOSSIER / À QUOI BON PARTAGER ?

Théodore Agrippa d’Aubigné : Je veux peindre la France…
Rémi Lélian : Eucharistie et partage
Baruch Spinoza : Éthique. 4. prop XVIII, scolie
Sarah Vajda : L’Impossible partage
Yannis Constantinidès : Moi d’abord. L’égoïsme absolu de Max Stirner
Hugues Rabault : Kleptocratie
François Cornée-Villatte : La vindicte triste du pauvre
Le roman de Renart : « La part du lion »
Stéphanie Roza : Les républicains de la communauté des biens
Eugène Vermersch : Les Partageux
Ernest Girault : Paysans ! À bas les Partageux !
Sarah Vajda : Le plus grand film capitaliste du monde
Marc Kober : Le Partage dans l’Éros révolutionnaire
Extrait de La vie de Lazarillo de Tormès, d’auteur anonyme (traduction : Michel Host)
Roger Mislawski : Partage, personne et droit
Julien Trokiner : Le droit de succession, le grand 8 des questions qui se posent et ne posent pas
Lise Haddad : L’invention des mourables et la défaite des Moires
Pascal Rimé : À quoi bon partager ses émotions ?
Marc Kober : Le partage théâtral dans « Risotto »
Guy Darol : Contre-Culture et Internet
Didier Bazy : Pire tout pire
Nicolas Thély : Il y a du braconnage dans l’air
Bernard Desportes : La parole pour un autre
John Taylor : Traduire, partager
Suzuki Masao : Le châtiment du traître ou L’Infidélité forcée (traduction : Thierry Maré)
Laurence Werner David : En même temps
Thierry Maré : Lettre édifiante & curieuse du Japon à la Sœur de l’Ange

150 pages – 16 x 24 cm – 2013

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Pourquoi Alain Corbel est Un illustrateur hors du commun

Pourquoi Alain Corbel est Un illustrateur hors du commun.

L’illustrateur risque à chaque image qu’il crée le triple écueil du
cliché, de la désignation fixe et de l’ellipse. Traduction.
L’image-cliché renvoie à l’évidence, au truisme et à la banalité. A
quoi bon le cliché quand le texte, par sa force, provoque l’image et
l’imagination ? A quoi bon le truisme quand l’image se résume à un
calque du texte qui a déjà dit ce qu’il vient de dire ? A quoi bon
rabaisser un texte à un sous-titre en image qui n’ajoute que peu sinon
rien à un texte, texte déjà existant (qu’il soit bon ou mauvais ne
change rien à l’affaire) ? A quoi bon une désignation fixe ? Platon
avait déjà vu, justement, que l’on ne peut pas dormir sur un lit en
peinture ! A quoi bon l’ellipse ? Son opacité demeure à jamais un
brouillard au sein duquel le lecteur augmente les statistiques de ses
accidents : il ne renouera avec le fil de l’intrigue que par occasion
– ou hasard. A moins de prêcher en compagnie (plus que louable) avec
le père Malebranche, il risquera, précisément, tous les décrochages et
les chutes de branches rongées car pourries.

L’illustrateur authentique et talentueux s’illustre (sorry) par une
éloquence discrète dont le synonyme exact est le tact. Qu’est-ce que
le tact à l’heure du spectacle sonnant et trébuchant du « tackle »
universel ? Le tact est à la fois l’opposé et l’inverse. Le tact
résiste au tackle et le tact subvervit le tackle. Anti-croche-patte,
le tact est courtoisie délicate et force autonome. Il ne peut être
confondu avec l’indifférence polie et il existe en tant que tel.
Partisan du mariage-pour-tous le Tact va d’ailleurs bientôt célébrer
ses noces laïques avec le Respect, son ami de toujours.

La preuve que Corbel est un Illustrateur vrai. Chacun peut faire
l’expérience suivante ( ce serait un jeu sans rôle ). Les règles
seraient ainsi prescrites : prenez les images d’un livre illustré par
Corbel et découpez-les. Sortez-les de leur contexte ( et de leur
hyper-texte a fortiori ). Mélangez-les. Rien à voir ici avec le cut-up
de Burroughs. Tout à voir avec le Raymond Roussel de « Comment j’ai
écrit certains de mes livres ». Voilà les images éparpillées. Membra
disjecta. Puis faites des insertions aléatoires des images au sein du
fil narratif du texte. Que voyez-vous ? Simple : l’intrigue demeure
intacte (tact de l’image). Dès lors, vous pouvez vous dire avec
certitude : oui, ces images ne sont pas de trop ; oui, ces images
racontent leur propre histoire ; oui, le récit est vraiment illustré.

Avec les images d’Alain Corbel, l’illustration fait foin de son
quant-à-soi, loin de la hauteur imaginaire d’une présomption ridicule,
près, si près du texte qui devient récit – récit augmenté car ouvert
du coup, par la grâce somptueuse et tactile du trait, du dessin.
N’était-ce pas pas la source et le dessein de l’art pictural chinois à
l’époque Song où écriture, peinture et dessin ne faisaient qu’Un ?

voir le site d’Alain Corbel

Didier Bazy
Février 2013.

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