des âmes bien fortes ( Diderot Supplément au voyage de Bougainville )

Publié le

« dites-moi comment vous trouvez l’espèce humaine.
A – Très belle.
B – Mais j’oublierai peut-être de vous parler d’un événement assez singulier. Cette scène de bienveillance et d’humanité fut troublée tout à coup par les cris d’un homme qui appelait à son secours ; c’était le domestique d’un des officiers de Bougainville. De jeunes Otaïtiens s’étaient jetés sur lui, l’avaient étendu par terre, le déshabillaient et se disposaient à lui faire la civilité.
A – Quoi ! ces peuples si simples, ces sauvages si bons, si honnêtes…
B – Vous vous trompez. Ce domestique était une femme déguisée en homme. Ignorée de l’équipage entier pendant tout le temps d’une longue traversée, les Otaïtiens devinèrent son sexe au premier coup d’œil. Elle était née en Bourgogne, elle s’appelait Barré{17} ; ni laide ni jolie ; âgée de vingt-six ans. Elle n’était jamais sortie de son hameau, et sa première pensée de voyager fut de faire le tour du globe. Elle montra toujours de la sagesse et du courage.
A – Ces frêles machines-là renferment quelquefois des âmes bien fortes{18}. »

Extrait de: Diderot, Denis. « SUPPLÉMENT AU VOYAGE DE BOUGAINVILLE. » Ebooks libres et gratuits, 2011-01-14. iBooks.
Ce contenu est peut-être protégé par des droits d’auteur.

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s