échec et mat : (une recension de moins) Le duel, Arnaldur Indridason #lacauselit

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Le duel, Arnaldur Indridason

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la cause litteraire

Le Duel, traduit de l’Islandais par Eric Boury, février 2014, 310 pages, 19,50 €
Ecrivain(s): Arnaldur Indridason Edition: Métailié

Cette livraison du désormais imposant Arnaldur fournira encore au lecteur mille et une surprises. Au reste, que l’Islandais nous surprenne n’est même plus une surprise. Indridason démontre ici non seulement sa maîtrise mais aussi et surtout son souffle.
Ce souffle qui manqua cruellement à la jeune tuberculeuse Marion Briem (la future « Chef » d’Erlendur…) soignée à l’ancienne dans un sanatorium danois bien avant que la moderne biochimie dirimante ne relègue au musée des horreurs ces tortures d’un âge pourtant proche.
Ce souffle retrouvé – à quel prix – par la jeune archiviste Marion Briem à la mémoire d’éléphant plongée enfin sur le terrain.
Ce souffle historique qui illumina Reykjavik en 1972 et suspendit le monde entier accroché aux caprices de Bobby Fischer et au marbre poli de Boris Spassky ; ce souffle de guerre très froide entre les blocs de l’Ouest et de l’Est.
Ce vent Paraclet, ce vent de consolation car l’enquête et la recherche apportent un soulagement : comprendre ce qui s’est passé est bien le moins mauvais des remèdes.
Que s’est-il donc passé ? Un trop jeune Islandais (tombé sur la tête, enfant) gentil comme tout avait pour rituel innocent d’enregistrer le son des films des salles obscures de Reyljavik… Deux coups de couteau professionnels et glacés ont stoppé net ses habitudes candides et son destin. Le cœur de Marion saigne en silence, ce cœur qui a sauvé ses poumons de la tuberculose, ce cœur qui bat encore pour l’amour de sa vie, amour intermittent à la cicatrice affreuse et toujours érotique.
Il faut du cœur et du souffle pour remonter les indices, creuser les signes, éviter les fausses pistes, traverser les rumeurs et ne croire que sa mémoire et sa logique inébranlable.
Les récurrences restent fragiles : le magnéto-cassette du jeune homme disparu, une bouteille de rhum vide, un clochard alcoolique, un paquet de cigarettes soviétiques (beaucoup de papier, peu de tabac), un couple illégitime plus concentré à bécoter qu’à reluquer le film, une Ford Cortina bleue, un cartable taché de sang, une hôtesse au sol déchirée en deux pilotes de lignes qui ne se croisent jamais, des fuites dans la presse qui font douter des collègues flics, des bribes de langue américaine (skiouzmi), une figure tutélaire étrange du nom d’Athanasius (l’immortel)…

Bref, avec si peu d’éléments aussi disparates, Arnaldur (et son traducteur désormais complice, Eric Boury) remonte sur fond historique du plus grand tournoi d’échecs de l’histoire (après, les computeurs numériques ont changé la donne analogique) les rouages d’une saga mi-islandaise, mi-dostoïevskienne, opère le tri des parties infimes et intimes de témoignages approximatifs pour démontrer que le seul coupable, au bout du compte (hormis le coupable humain, trop humain, même si froidement machinique) est bien évidement la seule Paranoïa :

Il est plus facile de croire en Dieu
quand on sait qu’il n’existe pas.

On comprend mieux pourquoi la formule est répétée dans et hors texte.

Didier Bazy

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