Les effondrés Mathieu Larnaudie Actes Sud

Publié le

Les effondrés Mathieu Larnaudie
Actes Sud 2010

Et pourtant, elle tourne.
Claude Simon scrutait l’herbe d’un ample phrasé. Il y retrouvait le Chemin des Dames. Mathieu Larnaudie est musicien : Debussy et Stockhausen se sont accouplés dans son cerveau peuplé des objets sonores de Pierre Shaeffer. Pas seulement. Thomas Pynchon n’est plus désormais un électron libre. Sa vente à la criée a fait des petits. Les petits ont grandi. Ils trimbalent avec eux leur panoplie et ne veulent plus, ne peuvent plus s’échapper, d’un réel qui fuit de toutes parts. Ainsi va toute chair. Ainsi va Fitzgerald. Un processus de démolition. Bien entendu.
Les effondrés ? Chaque chapitre est quasiment une phrase. Chapitre court ou phrase longue ? A inscrire dans une lignée des littératures sérielles ? Larnaudie, sans nul doute, a lu et relu Mille Plateaux. Moins en disciple borné qu’en danseur nietzschéen. Ecriture parfaitement agencée. Où se logent donc les failles ? Dans les commencements répétés, les recommencements et les chutes, la composition dicte ses lois : les cadres craquent et le flux n’en finit jamais. Il faut continuer. Il va continuer.
Ceux que le trop plein effraie ne rajoutent plus rien à l’océan de la littérature. Goutte d’eau dans le désert. Larnaudie, décomplexé et talentueux, assume tous les excès de son temps, notre temps curieux puisque nous sommes dedans. Ainsi le golden boy est-il portraituré comme l’herbe de Simon. Et le Chemin des Dames, il est dedans. Dans les écrans omniscients aussi. Même plus derrière, ou devant, dedans, tout au fond. Et le garçon d’or en tremble. Ainsi le chef politique n’adhèrera même plus à sa propre real politik. Gare au Gorille.
Le génie de Larnaudie, avec ses intussusceptions reptiliennes, ne noie pas le poisson. Il le fère. Que remonte-t-il à la surface du flux des mots ? Des figures auto-défigurées. Vite ! Les relacher dans l’étang de l’argent roi. A la manière d’un reporter ethnographe comme on en fait plus, il dissèque les moribonds de la crise financière de 2008. Le microcosme est traité de façon cosmologique et scolastique. Leurs fantômes vivront encore longtemps. Merci Mathieu. Descripteur décapant et decrypteur subtil, Larnaudie embarque le lecteur dans un monde pas très frais, peu ragoutant, qui pourtant gouvernent nos vies. Et les leurs ! Ouf. Leur monde est le nôtre même si nous n’en voulons pas. Etrange et délicieuse bouillabaisse. La sauce rouille, corsée, brûle les papilles. On en redemanderait. On en redemande.
On voudrait bien croire à ces effondrements idéologiques des financiers, à ces crises amplifiées par quelques suicides montés en mayonnaise mass mediatique. Ce n’est pas pour rassurer, mais il tourne, n’en déplaisent aux néo idéologues de l’écologiquement correct. En effet, non seulement le capitalisme tourne, mais bon nombre tire toujours leur épingle du jeu. Fût-il fictionnel. Quel Harpagon rêverait-il de ne pas voir s’effrondrer sa fortune personnelle de 12 milliards de dollars à 9 ? Les petits contribuables renflouent le navire. Ce serait le thème d’un prochain récit, stochastique, aléatoire et diablement lucide, tels les effondrés. Passez le plat.

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Une réflexion au sujet de « Les effondrés Mathieu Larnaudie Actes Sud »

    La Critiquante a dit:
    23 janvier 2014 à 8:28

    J’aime beaucoup la couverture !

    J'aime

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