nouvelles plongées dans le journal extime de Tournier ( partie 2 )

Publié le Mis à jour le

Ecrit par : Michel Tournier

« (…) On peut parler de « journal » sans doute, mais il s’agit du contraire d’un « journal intime ». J’ai forgé pour le définir le mot « extime ». Habitant la campagne depuis près d’un demi-siècle, je vis dans une société d’artisans et de petits paysans peu attentifs à leurs états d’âme. Ce « journal extime » s’apparente au « livre de raison » où les modestes hobereaux de jadis notaient les récoltes, les naissances, les mariages, les décès et les sautes de la météorologie. Je salue au passage Michel Butor qui a, je crois, fait mieux que mon « extime » en opposant l’exploration et l’imploration. La première correspond à un mouvement centrifuge de découvertes et de conquêtes. L’imploration au contraire à un repliment pleurnichard sur nos « petits tas de misérables secrets », comme disait André Malraux.
Tout cela ne mériterait sans doute pas d’être publié si ces pérégrinations, examens du ciel et visites données ou reçues ne s’accompagnaient pas de traces écrites, notules, gloses et autres incidences. C’est que les choses, les animaux et les gens du dehors m’ont toujours paru plus intéressants que mon propre miroir. Le fameux « Connais-toi toi-même » de Socrate a toujours été pour moi une injonction vide de sens. C’est en ouvrant ma fenêtre ou en passant ma porte que je trouve l’inspiration. La réalité dépasse infiniment les ressources de mon imagination et ne cesse de me combler d’étonnement et d’admiration. (…) »

Dictionnaire : « Matrice » (ou utérus) : viscère où a lieu la conception ». A noter que cette définition convient aussi bien au cerveau.

Seigneur fais-moi arriver un grand amour qui illumine et saccage ma vie !

Celui qui n’a pas perdu son meilleur ami ne sait pas ce qu’est la mort.

Rien de plus effrayant que la voix enregistrée d’un mort.

Pour faire un SS, on prend un petit boutiquier conservateur, bon mari et bon père, d’une scrupuleuse honnêteté, mais néanmoins ruiné par la conjoncture. On en fait un fonctionnaire en lui inculquant, ce n’est pas difficile, que l’obéissance aveugle est la seule vertu qu’on attend de lui. On lui fait subir une petite opération chirurgicale de nature purement verbale : l’ablation du mot « non ». C’est terminé : faites chauffer les crématoires.

Entre l’autodidacte et celui qui a fait des études, il pose la différence suivante : l’autodidacte n’a appris que ce qu’il aimait. Sa culture est limitée par sa propre personnalité. Au contraire celui qui a fait des études régulières est obligé de tout apprendre. Son avantage est énorme parce qu’il n’y a rien de plus enrichissant que de devoir acquérir des connaissances qui vous sont à priori indifférentes, voire antipathiques.

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